Polaire, sans gaieté de cœur aucune, le médecin-légiste vous reçoit aujourd’hui dans son laboratoire de l’Hôpital Saint-Clair aussi froid que son humeur du jour.

Dans toutes les affaires sur lesquelles vous avez travaillé avec Sherlock, il faut avouer que Bernard Samedan s’est toujours montré glacial à votre égard.

Est-ce qu’à force de respirer du formol toute la journée ou de plonger les mains dans des carcasses de bouillies organiques, toute trace d’humanité aurait fini par être annihilé chez lui? Vous préférez éviter de le lui demander.

« Bonjour. Cela fait un petit moment que nous ne sommes pas venus vous casser les fouilles. La dernière fois, ça doit remonter à deux ans, non? Devinez quoi. Nous sommes à nouveau sur une affaire pour Sherlock. A Carouge cette fois.

Avant de partir, nous sommes venus vous voir pour discuter de cette affaire. Cette histoire de meurtre dans une ruelle mardi passé. Que pouvez-vous nous en dire? »

De sa voix toujours mortifère, le médecin-légiste renâcle à vous répondre mais finit par lâcher, concis, cinglant:

« Coup porté au thorax supérieur droit. Par un objet métallique long. Un poignard. L’entaille a touché le cœur. Aorte sectionnée. Le flot de sang s’est déversé dans les poumons. Empêchant la victime de respirer. Mort de la victime par asphyxie en quelques minutes. Hémorragie interne, suivie d’une hémorragie externe. La victime est décédée avant de se vider de son sang. Coup précis. Maîtrisé. Visé. Efficace. Fatal. Signe distinctif sur le corps: deux tatouages. Noirs. L’un à la main gauche. Sorte de vague. L’autre, plus récent, à la poitrine. Côté gauche. Un point d’interrogation avec deux lettres: RE. Fin des analyses. »

Et le médecin-légiste de se retourner et de vous planter là. Est-ce qu’on peut louer le médecin-légiste pour des soirées? Il doit mettre une ambiance de fou.